GR 30 - jour 1
De la Bourboule au Lac de Servières
Vendredi 26 septembre 2025
Enfin j'y suis. Je me suis entraîné (pas assez je le sais, mais un peu quand même) les quelques semaines précédentes sur des trajets de 9km à 12km. J'avais un sac de moins de 10kg et ma tenue de marche, mais sans les bâtons. J'ai fait aussi du rameur, du vélo et j'ai consulté des dizaines de vidéos sur le GR30 afin de bénéficier de l'expérience des autres.
Ce matin, j'ai l'équipement complet, soit 25 kg sur le dos, T-Shirt de randonnée, polaire et manteau imperméable, du change pour tous les jours, quelques gâteaux, des barres de céréales un sandwich et un dessert, les bâtons, la trousse de secours et celle de toilette, le sac de couchage, les cartes (dont je ne me servirai pas), mon carnet de notes et mon téléphone (le couteau suisse essentiel à mon sens) et plusieurs autres trucs que je pense essentiels.
Je sais que cela sera dur car je n'ai jamais fait de longue randonnée en montagne : ~1 000m de dénivelé attendu aujourd'hui. Quant à la distance, c'est bien plus que mes entraînements : ~18 kms.
Il est 9h30. Le Berlingo est garé sur le parking de la piscine à la Bourboule (comme demandé par la gendarmerie de la Bourboule qui le surveillera durant mon périple). Une légère bruine ce matin et les nuages qui s'accrochent au arbres m'encouragent à passer la tenue de pluie intégrale : pantalon et poncho. Le GR30 m'attend à un peu plus d'1km d'ici. C'est parti !
Le temps maussade m'encourage par sa majesté: Il y a des bancs de brouillards qui s'accrochent aux montagnes et cela rend l'ambiance tout à fait inhabituelle pour moi. Cette grisaille ainsi que les températures franchement basses en cette fin septembre me laissent à penser que je n'aurai pas trop chaud pendant l'ascension jusqu'au Puy Gros (1485m)
Je réalise alors ma candeur, car les premiers kilomètres sont plus chauds que prévus sous mon poncho en plastique et je me retrouve avec juste un T-Shirt sous la cape de pluie dès Le Genestoux (1.5 kms parcourus).
Je ne vais pas croiser grand monde aujourd'hui, mais par chance, il y a Jean-François qui arrive du Mont Dore. Il termine son GR 30. Nous échangeons sur ce qui m'attend quant aux paysages, magnifiques selon lui, et à la chance que nous avons de pouvoir réaliser ce petit exploit qu'est le GR 30. Il ne me parle pas des conditions terribles qu'il a dû supporter, et pourtant, toutes les personnes que je vais croiser les jours suivants décriront une semaine de pluies intenses : un enfer pour les randonneurs (Je pourrai en témoigner moi-même dans 3 jours à Lenteuges). Jean-François me quitte après m'avoir aidé à remettre tout mon harnachement. Il va très vite et je ne le rejoindrai pas : quel grimpeur !
La montée jusqu'au Tenon, au pied de la banne d'Ordanche est complètement onirique. Il s'agit d'une forêt escarpée, traversée de bancs de brouillards et de ruisseaux. A la fois minéral, végétal et sauvage. Seul le chant des oiseaux m'accompagne avec parfois le bruit de l'activité humaine de plus en plus éloignée en contre-bas. Au sortir de la forêt c'est tout aussi magique. J'entends les cloches des vaches et ne les vois qu'au dernier moment, à moins de 20m. Puis après 100m c'est de nouveau le silence total, entouré d'un épais mur blanc formé par les nuages. A part mes acouphènes, il règne un silence tellement apaisant.
Je suis rejoint par un randonneur, Vincent, qui vient de région parisienne. Il me confirme le temps exécrable de la semaine passée et m'avoue même être parti loin de l'Auvergne, une journée, pour au moins voir le soleil. J'espère ne pas avoir le même temps car bien que j'adore la pluie, je suis là pour les paysages.
Un peu avant le 7ème km, je laisse Vincent (qui descend vers le lac de Guéry) et je vais faire ma pause, debout, car tout est détrempé autour de moi. Pas grave, je profite à fond de ce moment où je sais que je suis totalement seul dans la montagne. Parfois une vache, au loin, broute plus dynamiquement et j'entends sa cloche étouffée. Il y a aussi quelques petits oiseaux que je ne peux reconnaître qui filent entre les herbes hautes.
L'après-midi commence en descente vers le Lac de Guéry. Je longe une forêt par la gauche pour rejoindre une route forestière très large. Le moral est au top et par moment le soleil transforme les couleurs, elles sont plus jaunes et la température augmente un petit peu. Au sortir de la forêt, de nouveau le brouillard, puis dans une percée. Je vois à 300-400m devant, l'auberge et le lac de Guéry.
J'en profite pour vous présenter Any qui m'accompagne lors de mes périples. Un petit canard (fait en crochet par ma fille) tout en douceur et qui a son caractère !
Je ne le sais pas à ce moment, car je ne tiens pas une comptabilité kilométrique exacte, mais j'ai parcouru la moitié du trajet du jour. J'ai les jambes un peu lourdes mais tellement de fierté d'avoir atteint mon premier lac. Le tour de ce dernier se fait dans le brouillard, certes, mais étant venu en juillet dernier sous le soleil, j'arrive à deviner l'autre rive, les collines autour et la cascade des Mortes de Guéry.
Au sortir du lac commence la 2ème ascension importante de la journée et je sens bien les 25 kg de matériel. Je vais donc faire une pause au centre montagnard situé à quelques centaines de mètres après le lac.
Les 2 kms suivants, pour monter vers le Puy de l'Ouire, sont vraiment durs. A un moment, je le vois, tout en haut, devant moi, à peut-être 500m, mais cela me semble tellement loin ! Mes pas sont lourds et je mets un temps infini pour faire ne serait-ce que 100m.
Bien que souffrant franchement dans cette escalade, j'entends soudain des avions de chasse virevolter au-dessus de ma tête. Je lève le nez de mes chaussures pour les apercevoir (en vain) et c'est le moment que choisit le soleil pour se décider à percer. Je découvre alors un panorama inespéré et à couper le souffle sur les roches Tuilière et Sanadoire.
J'ai donc parcouru 11km, ce qui représente juste mon maximum lors de mes entraînements (dans mes plaines bretilliennes). En me retournant, je peux voir tout le chemin parcouru : derrière les montagnes au loin, dans le brouillard, j'aperçois, un peu caché par la cime d'un sapin, le Tenon et la banne d'Ordanche (photo ci-dessous). Trop fier d'avoir pu faire ça. Et pourtant, je ne suis qu' au début de cette aventure car je dois faire plus de 100km pour boucler ce tour.
Le reste de l'après-midi ne sera que souffrance, il faut bien le dire. Les paysages sont sublimes mais le froid, le vent et les courbatures me démotivent à faire des photos. En fait, c'est l'ascension juste après le Puy de l'Ouire (12ème km) qui m'a fait le plus mal. Il s'agit d'un raidillon de quelques 200m, mais le corps parle et c'est au mental que je continue. Mon objectif n'est pas d'abandonner mais d'aller au Café du Lac de Servières, ma première étape.
Je rends toutefois hommage aux paysages de cette journée, qui jusqu'au dernier kilomètre, auront été d'excellentes aides à la re-motivation. Une dernière forêt, en descente juste avant le lac de Servières et je pose enfin mon matériel : il est 17h00. Je viens d'arriver au gîte.
Un groupe de randonneurs Montpelliérains y passe aussi la nuit, ainsi qu'un couple d'amis du gérant, qui sont venus le soutenir pour sa dernière semaine de travail. Il part à la retraite et laisse les clés à son fils. La relève est donc heureusement assurée pour tous les randonneurs fatigués.
Bilan de cette journée :
- une très forte envie de continuer, d'autant que tout le monde me confirme la venue du soleil pour les jours suivants et que je sais avoir fait le plus dur à présent
- j'ai des courbatures mais pas d'ampoules